Gomorra
un film de Matteo Garrone
avec Salvatore Abruzzeze, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale...
Italie - 2008 - 2h15 - couleur - VO
d’après le roman de Roberto Saviano.
du 20 août au 16 septembre

GOMORRALa Mafia sicilienne avait un code d’honneur, des règles, une hiérarchie, des interdits, un folklore, une image et des films pour lui tricoter une forme de romantisme… rien de tout ça avec la Camorra, qui a investi Naples et ses alentours : imposant une forme de terreur qu’on ne sait par quel bout prendre tant la bête n’a plus rien d’humain, monstrueuse expression dégénérescente d’une économie mondialisée dont elle pousse les mécanismes au bout de leur folie destructrice.
Le film remarquable de Matteo Garrone, est tiré du bouquin du même titre, tout aussi important, écrit par un jeune journaliste qui n’a même pas la trentaine, Roberto Saviano, né à Naples dans les quartiers pauvres dont il connaît la géographie par cœur : il a vécu les chantiers épuisants, les débarquements nocturnes de marchandises illicites et vit à ce jour sous protection policière parce qu’au fond, la Camorra ne supporte pas l’image que lui renvoie son bouquin qui se dévore comme un polar (deux millions d’exemplaires vendus à ce jour), réaliste et impitoyable, impitoyable parce que réaliste.
Garrone a choisi de ne pas en rajouter dans la violence et le spectaculaire : la réalité se suffit à elle-même. Le film tire une force incroyable de cette rigueur dans le récit autant que dans la mise en scène, et agit comme une métaphore de l’état actuel du monde, laissant entrevoir un emballement qu’aucune pensée raisonnable ne guide plus, comme un canard qui continuerait à courir après avoir perdu sa tête. Cela peut dérouter au début du film, mais c’est la réalité qui veut ça : on suit plusieurs personnages et chacun vient rajouter son histoire au puzzle d’un univers cauchemardesque qui file le frisson.
Ce n’est pas dans le film, mais c’est bon d’avoir ça en tête : la Camorra brasse 150 milliards d’euros par an, a fait 100 000 morts en 30 ans, elle investit un peu partout en Europe et en Espagne en particulier, le milieu Corse est actuellement décimé, on se demande bien par qui… Elle est devenue très experte dans l’art de récupérer des subventions européennes, le trafic de drogue lui rapporterait actuellement plus de 500 000 dollars par jour et, last but not least, la Camorra s’intéresse de près au traitement des déchets et gère une palanquée de décharges.Une course pour le profit, sans loi et sans morale d’aucune sorte, qui n’existe que pour le court terme et où chacun de ceux qui y prennent place n’imagine même pas qu’il pourrait s’arrêter de courir.