La régate
réalisé
par Bernard Bellefroid

du 24 mars au 6 avril
avec Joffrey Verbruggen, Thierry Hancisse, Sergi López
Belgique / France / Luxembourg
2009 - 1h31 - couleur
Alexandre
n'a qu'une obsession, gagner seul et à tout prix les championnats
de Belgique d'aviron. Dès qu'il le peut, il part s'entraîner sur la
Meuse. C'est ce qui lui permet de tenir le coup. Il a quinze ans,
il vit seul avec son père. Cet été, ils travaillent ensemble dans
le même supermarché. Quand le père est licencié, Alexandre tente en
vain de l'aider. Mais cette solidarité ne durera pas. La violence
de leur relation refait surface. La peur des coups hante Alexandre
en silence et en permanence. Au club d'aviron, l'entraîneur ne se
doute de rien et l'oblige à ramer en double avec Tarik, un jeune
homme qui au départ n'a rien pour plaire à Alexandre.
La régate évoque le rôle fédérateur d'une passion partagée et
raconte l'apprentissage de l'autre à travers un effort collectif,
l'obligation de solidarité qui implique un dépassement de
soi.
C'est l'histoire d'un homme en devenir qui se bat, qui se débat.
Petit à petit Alexandre va apprendre à parler, à aimer, à
pleurer.
Ce n'est pas un film qui s'enfonce dans la violence, c'est la
trajectoire inverse. C'est l'histoire d'Alexandre qui se dresse
contre la fatalité de la violence pour aller à la quête de sa
propre humanité.
La régate est le premier film de fiction du cinéaste belge Bernard
Bellefroid.
Inspiré de sa propre histoire, il arrive à raconter la complexité
de cette relation entre le père et le fils avec une grande
justesse. Il filme l'effort, la double douleur physique. Celle des
coups et celle qu'impose l'aviron. “Je connais bien
Alexandre. J'ai longtemps regardé le monde avec ses yeux. Comme
lui, j'ai longtemps vécu dans une violence que l'on dit
“domestique”, “privée” mais toujours
cachée. J'ai toujours su que ça deviendrait un film. A quinze ans,
c'était pour se venger. A vingt ans, pour juger. A vingt-cinq ans,
pour comprendre. Aujourd'hui, c'est plus que jamais une urgence.
C'est enfin représentable avec la force et la distance
nécessaires.
Avec ce film, il s'agit pour moi de mettre le spectateur au
cœur de cette angoisse quotidienne, de lui faire vivre la
peur du coup qui peut partir à tout instant, de le placer dans
cette situation morale intenable de frapper ou d'être
frappé.”
C'est cet aspect physique, un peu animal qui donne au film une
énergie semblable à celle des adolescents qui, contre vents et
marées tentent l'impossible. Cette force singulière n'est pas sans
rappeler celle de La promesse, le film des frères Dardenne : elle
coupe le souffle.