les SEPT jours

écrit et réalisé par Ronit et Shlomi Elkabetz
avec Ronit Elkabetz, Albert Illouz, Yaël Abecassis…
Israël - 2008 - 1h55 - couleur - VO
du 3 au 16 septembre
septjours
Par quel bout prendre, comment donner envie de voir ce film étrange, étouffant et âpre, qui débute et se clôt dans un cimetière et qui se déroule entièrement dans une maison pendant près de deux heures ? Dès la première scène, funèbre et grotesque, l'enjeu est posé : une famille juive se trouve rassemblée autour de la tombe d'un de ses membres, Maurice, qui vient de succomber à une crise cardiaque. Bientôt, pour obéir à la tradition, toute la famille va devoir cohabiter pendant sept jours d'affilée dans la maison de Maurice où il interdit de dormir sur un lit, de s'asseoir sur une chaise, de prendre soin de son corps, de manger de la viande, de rire. Les miroirs sont cachés et les photos retournées. Dans cette atmosphère de plus en plus étouffante, la violence des regards et des gestes est de plus en plus prégnante. Par petites touches, le vernis craque. Comme des visiteurs rendant hommage au défunt, un peu voyeur, on perçoit les petites histoires et les grands secrets, les non-dits de chacun et les comptes à régler, mais aussi corps de s'abandonner. Mais d'abord ces personnages se connaissent et pas nous. Ronit et Shlomi Elkabetz vont donc alterner les scènes à deux ou trois et les scènes où tous les membres de la famille (pour la plupart la crème de la crème de la "grande famille" des acteurs israéliens qui jouent tous formidable) se trouvent réunis dans le deuil, la douleur, la tradition, le plan et le film - scènes de repas, de larmes et de prières collectives auxquelles nul ne peut couper, dans une sorte de grand camping installé au milieu du salon et qui voit se côtoyer indifféremment hommes et femmes, frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs, enfants et cousins. Au cœur du film, une scène paroxysmique va permettre à chacun de se libérer de toutes les tensions sous-jacentes qui plombaient les liens familiaux. Avec une incroyable violence verbale et gestuelle, chacun va enfin s'exprimer et se déchirer. Témoin de ce drame, la mère ne peut donner à ses enfants que les larmes de son impuissance...
Le cinéma de Ronit et Shlomi est un cinéma de l'excès, imposant, outré, viscéral, mais aussi sous influence évidemment cassavetienne, représente un territoire tout à fait particulier et singulier dans la mosaïque du cinéma israélien.