TAKE
SHELTER
écrit
et réalisé par Jeff Nichols
avec Michael Shannon, Jessica Chastain,
Tova Stewart, Shea Whigham...
USA - 2011 - 2h00 - couleur - VO
du 25 janvier au 7 février
“Take shelter” signifie se mettre à l'abri.
Après un fantastique western contemporain, Shotgun Stories,
Jeff Nichols prouve une fois de plus son savoir-faire pour
mettre parfaitement en place des atmosphères tendues. Son
dernier film, lauréat du Grand Prix de la Semaine de la
Critique 2011, est un drame captivant à l'ambiance
apocalyptique et oppressante.
Michael Shannon interprète ici un rôle que l'on dirait
taillé pour lui : un père de famille se retrouve tiraillé
par sa certitude de voir arriver une tornade et son
appréhension de développer, comme sa mère, une certaine
schizophrénie qui le rendrait inapte à s'occuper de sa
famille. Des visions apocalyptiques en forme de violents
cauchemars envahissent peu à peu son esprit… Obsédé
par la construction d'un abri anti-tempête, Curtis va se
mettre à dos sa famille et ses collègues en optant toujours
pour des choix mettant sa propre situation en péril.
Take Shelter ne joue pas sur la carte de la panique, en
multipliant les images d'une population affolée courant
dans tous les sens. Le danger ne se trouve que dans la tête
d'un seul homme, dont la santé mentale va décroissante.
Jeff Nichols décortique à souhait le calme avant la
tempête. Ainsi aborde-t-il en biais le thème de la folie et
de ses limites : où commence-t-elle ? Comment la
reconnaître ? Notre protagoniste, craignant de connaître la
même psychose que jadis sa mère, va même jusqu'à suivre une
thérapie.
Le réalisateur scrute un homme aux abois, laissant le
spectateur incapable de faire la part entre réalité et
fantastique. Le film reste donc centré sur cet homme, père
et mari avant tout, en proie à des démons qu'il ne parvient
pas véritablement à nommer. Au cœur de l'intrigue,
c'est avant tout de la famille qu’il est question. Un
père qui sombre petit à petit dans un isolement et une
paranoïa prononcée, obsessivement poussé par la volonté de
protéger les siens. Un portait familial touchant se dessine
alors au milieu d'un film au scénario pourtant toujours
cohérent.
À la frontière des genres, entre chronique familiale, récit
schizophrénique et conte apocalyptique, Jeff Nichols signe
ici une œuvre hybride, dont la catastrophe naturelle
ne demeure qu'une toile de fond. La manœuvre est
habile, plutôt rare, et particulièrement
réussie.