Polisse
réalisé par Maïwenn Le Besco

Cannes 2011 Prix du Jury

POLISSE
avec Karin Viard, Joeystarr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher,
Emmanuelle Bercots, Maïwenn, Frédéric Pierrot, Arnaud Henriet, Naidra Ayadi, Jérémie Elkaïm...
scénario et dialogues : Maïwenn et Emmanuelle Bercot
France - 2011 - 2h07 - couleur

du 15 au 28 février

Le film de Maïwenn commence avec les notes rieuses et nostalgiques du générique de L’ile aux enfants. Pourtant nous sommes très loin du “pays joyeux où les enfants sont heureux”. Maïwenn a planté sa caméra dans les locaux un peu vieillots de la brigade de protection des mineurs de Paris et nous entraîne dans un film d’une force effroyable, un film bouleversant, un moment intense d’humanité brisée.
Au sein de la police judiciaire, la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) est chargée de la répression des infractions à l’encontre des mineurs ainsi que de la prévention et la protection de l'enfance et de l'adolescence. Le quotidien de ces policiers ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec…
Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ?
Maïwenn cherche l’être humain derrière l’uniforme et elle le trouve dans toute sa fragilité, mettant tous ses personnages à nu sans exception. Elle se lance avec son énergie bravache sur les traces de Police de Maurice Pialat, L.627 de Bertrand Tavernier ou Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois et à l’arrivée elle peut être fière et n’a pas à rougir. Elle dirige d’une poigne de fer toute une galerie d’acteurs absolument étonnants. Ensemble ils forment une véritable troupe, une brigade absolument remarquable. Solidaires malgré leurs différences, les membres de l’équipe travaillent ensemble et c’est aussi ensemble qu’ils tentent parfois d’oublier l’indicible, en sortant la nuit, en buvant souvent, en dansant parfois... Beaucoup ont un surnom : il y a Baloo, le chef qui vit de plus en plus mal la lâcheté de sa hiérarchie, Nadine et ses problèmes de couple, Gabriel qui parle “comme un livre”, alors que Bamako a toujours besoin d’action, Nora et ses colères salvatrices, Sue Ellen et ses fous rires... Et si tous sont épatants on est toutefois particulièrement touché par Joey Starr (déjà impeccable dans Le bal des actrices, le précédent film de Maïwenn). Il s’impose comme une figure de cinéma impressionnante de charisme animal et de sensibilité à fleur de peau. Plus que les autres, Fred, son personnage, aura du mal à supporter le regard exterieur de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur la brigade. De son personnage torturé naissent les plus belles émotions, dans un film puissant, très puissant.
Maïwenn signe avec Polisse un objet brutal, immersif, drôle, glaçant, parcouru d'un regard aussi cru et pessimiste que bienveillant sur notre société.