une histoire
italienne
réalisé par Marco Tullio Giordana
avec Monica Bellucci, Luca Zingaretti, Alessio Boni,
Maurizio Donadoni ...
Italie - 2008 - 2h28 - couleur - VO
scénario : Leone Colonna, Marco Tullia Giordana et Enzo
Ungari.
du 3 au 23 septembre
Si la luxure devait prendre corps c’est dans celui de
Monica Belluci qu’elle s’incarnerait.
C’est ce qu’on se dit dès le début du film tant
ses rotondités voluptueuses et le zeste d’amertume
qui plane dans son regard sombre et sur ses lèvres lasses
semblent suggérer à la fois la lubricité et le sentiment
qu’il n’est pas facile de focaliser autant le
désir des hommes… Rien de mieux avec Luca
Zingaretti, pour donner l’idée des fantasmes qui ont
pu se concentrer en leur temps sur Luisa Ferida et Osvaldo
Valenti.
Ils
étaient un couple célèbre à la vie comme à l’écran.
Deux héros de ces films “bien pensants” dont
l’Italie de Mussolini raffolait : ils y incarnaient
les “méchants”, les dépravés, ceux que le ciel
foudroyait à la fin… et les échos de leur vie
sulfureuse confirmaient l’image que le public avait
d’eux à l’écran. Quand l’Italie
s’était divisée en deux après l’armistice de
1943, ils avaient adhéré à la République de Salo peut-être
seulement pour pouvoir continuer à mener carrière à Venise
dans les studios de la Giudecca, où Mussolini se flattait
de recréer les fastes de Cineccità.
Étaient-ils les monstres dépravés décrits par la rumeur ou
étaient-ils deux acteurs, grisés de notoriété, un peu trop
portés sur les plaisirs et la coke, au point de ne rien
voir de ce qui se passait autour d’eux ? Toujours
est-il qu’en se rendant aux partisans peu avant la
libération, ils nièrent tout ce dont on les avait accusés
mais furent exécutés sans procès dans un coin de rue.
Le portrait de l’Italie dans ces années sombres, tout
comme celui du couple sulfureux et des milieux du cinéma
est d’autant plus passionnant que Marco Tullio
Giordano plaide l’insoutenable légèreté de la nature
humaine. Valenti et Ferida avaient au minimum prêté leur
charme au fascisme, gagné de l’argent en faisant du
marché noir, se comportant comme s’ils étaient
au-dessus des lois, contredisant le bon sens et la décence,
mais ceux qui se situaient du bon côté de l’histoire
n’étaient pas non plus exempts d’ambiguïtés.
L’histoire racontée par le film prend des libertés
avec les personnages réels : “Les artistes sont là
pour donner la parole aux mémoires les plus diverses, pour
raconter les histoires. Pas l’Histoire” dit
Marco Tullio Giordano qui a recommencé mille fois sa copie,
l’a mijotée longtemps et échappe au carcan du film
historique pour faire une œuvre qui est loin
d’être lisse et laisse à voir des personnages
tourmentés, contradictoires, qui fluctuent en permanence
entre séduction et répulsion, rendus disponibles pour les
plus douteuses aventures par infantilisme et absence de
culture.