TOKYO
SONATA
réalisé
par Kiyoshi Kurosawa

du 8 au 21 avril
avec
Teruyuki Kagawa, Haruka Igawa, Yu Koyanagi, Kai Inokawi, Kyoko
Koizumi, Kôji Yakusho...
Japon - 2009 - 1h59 - couleur - VO
C’est
une famille japonaise tout à fait ordinaire : le père fait un
boulot administratif minable dans la terreur de ses supérieurs et,
quand il rentre, il déchaîne une autorité paternelle hors de propos
sur ses deux fils qui du coup ne sortent pas un mot à table,
n’attendant qu’une chose : la fin du repas pour
retrouver leur petit monde bien à eux. Quant à la mère, elle tente
de maintenir un sourire éternel sur une situation qui n’a
rien de réjouissant, s’accomplissant dans la perfection avec
laquelle elle s’acquitte des tâches ménagères et des repas,
seul moment où la famille est un tant soit peu réunie.
Mais dans ce marasme aux rouages bien rodés, les petits grains qui
font le sel de la vie vont s’accumuler pour faire voler la
routine en éclats.
Il y a d’abord le chômage du père, remplacé manu militari par
un employé chinois payé au salaire chinois. Un chômage qui, dans le
pays du “travail à vie”, ressemble à une infamie, mais
qui pourtant, crise et mondialisation forcenée obligent, devient un
phénomène très répandu au Japon… Mais le père, comme
beaucoup d’autres cadres dans sa situation, décide de cacher
la vérité à sa femme, enfilant tous les matins son costume, et
saisissant son attaché case pour errer dans la ville toute la
journée. C’est l’occasion de scènes ubuesques où tous
ces ex-cadres aux costumes repassés font la queue le midi à la
soupe populaire au milieu de terrains vagues. Une situation
borderline qui en amène plus d’un à songer au
suicide…
Avec l’irritabilité du père qui prend des proportions
monstrueuse, le comportement des enfants lui aussi évolue...
Kiyoshi Kurosawa, qui nous avait habitués à des films fantastiques
minimalistes, change radicalement de registre avec ce drame
familial digne des plus grands Ozu, dans lequel on aurait glissé
une bonne dose de vitriol. Un drame familial qui se double
d’un drame social où la structure familiale japonaise et les
valeurs mêmes du Japon sont attaquées violemment mais avec une
intelligence inouïe. On est époustouflé de la cohérence et de
l’aboutissement du récit. Kurosawa a beau n’être que
l’homonyme d’un des géants du cinéma japonais, on se
met à penser que, dans un genre très différent, il honore de la
même façon le panthéon cinématographique du pays du Soleil
Levant.