LE HAVRE
écrit
et réalisé par Aki Kaurismaki

avec André Wilms, Kari Outinen,
Jean-Pierre Darroussin, Blondin Miguel,
Elina Salo, Evelyne Didi, Jean-Pierre Léaud...
France - 2011 - 1h33 - couleur
du 11 au
31 janvier
Prix de la Critique Internationale, Festival de Cannes
2011.
Aki Kaurismaki ne se fait aucune illusion sur l'état du
monde, mais n'a aucune envie de rajouter une louche au
pessimisme ambiant. Bien au contraire : il souffle sur son
Havre, “ville du blues, de la soul et du rock'n
roll” un vent si revigorant de bienveillance, de
drôlerie et d'espoir que lorsque les lumières se rallument,
on n'a plus aucune pudeur pour oser les grands mots :
fraternité, tendresse et tutti quanti ! Rien de surprenant
que le film sorte pile-poil à la date qui donne le top
départ du solstice d'hiver : moment béni où la terre
entière, depuis l'antiquité la plus ancienne, célèbre la
remontée du soleil, l'allongement des jours.
Marcel Marx est un écrivain, ou plutôt était un écrivain.
Il a laissé tomber l'écriture, s'est exilé volontairement
de son pays d'origine, s'est fait cireur de chaussures pour
être plus près du peuple, dans ce coin, dans cette ville
qui lui plaisent plus que tout, naviguant entre les quais
pour l'air du large, le bistrot du coin pour les copains et
son petit chez soi pour l'amour d'Arletty, sa
chérie… Le bonheur quoi ! Qu'il partage avec sa
chienne Laïka, du nom de celle qui tourne sans doute
toujours dans l'espace !
Et puis un jour, le destin met sur son chemin un jeune
garçon tout noir, échappé d'un container qui aurait dû être
débarqué à Londres où sa maman l'attend. Les flics, qui
avaient remarqué des bruits étranges venus de la boîte
restée à quai, forcent la porte et embarquent la petite
bande d'immigrés africains qui s'y étaient cachés, à
l'exception d'Idrissa qui arrive à fuir et se cache…
jusqu'à ce que Marcel Marx, qui cirait ses chaussures à
côté, se débrouille pour ramener à la maison l'oisillon
terrifié et transi.
Arletty, justement, a dû rentrer à l'hôpital, a priori une
sale histoire de crabe, mais il faut se méfier des a
priori… Elle n'a rien dit à Marcel pour ne pas
l'inquiéter. C'est un peu compliqué pour Marcel de vaquer à
tout, de veiller au grain, d'autant que le soupçonneux
commissaire Monet rôde. S'il faut se méfier des a priori,
il ne faut donc pas toujours se méfier des commissaires, il
arrive parfois qu'il leur reste un vieux fonds de
solidarité de classe, un vieux reste de fraternité. Il n'a
d'ailleurs pas une tronche de méchant, ce Darroussin-Monet,
il trinque même volontiers, mais va savoir avec les flics.
Tout pareil pour l'épicier, le boulanger, le toubib…
il y a bien un traître qui se cache derrière un rideau d'où
il épie ses voisins, qui va donc jouer son rôle de traître,
mais dans ce quartier-là on peut compter sur la solidarité
et la fraternité de tous les autres. Les traîtres n'y font
pas le poids.
Il est magique, Le Havre filmé par Kaurismaki. Il y avait
Le Havre filmé par Carné, Renoir, Jean Vigo… La Bête
humaine, Quai des brumes, L'Atalante et tout récemment La
Fée… Ce dernier venu s'inscrit merveilleusement dans
ce sillage magnifique.