VALSE avec
BASHIR
écrit et réalisé par Ari Folman
documentaire
d’animation
avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag, Shmuel Frenkel...
Israël - 2007 - 1h27 - couleur - VO
du
20 août au 9 septembre

C'est
par une séquence fantastique et terrifiante que débute le
film : une meute de chiens fous court, tous crocs
menaçants, à travers une ville jusqu'à la demeure d'un
ancien guerrier - il s'agit du réalisateur Ari Folman
lui-même. Depuis 2 ans Ari fait le même cauchemar : une
meute de 26 chiens le poursuit pour le dévorer. En 1982,
lors de la première guerre du Liban il était chargé de tuer
les chiens de garde… A part ce cauchemar Ari ne
retrouve qu'un seul souvenir de la guerre : la nuit, trois
hommes, squelettiques, surgissant nus de la mer, enfilent
leurs uniformes sur la plage, le jour se lève, l'image
pâlit.
Ari décide de partir à la recherche des compagnons d'armes
du passé qui pourraient témoigner qu'il se trouvait avec
eux pendant la guerre. Surtout, il veut savoir s'il est
impliqué dans le massacre de Sabra et Shatila. Une quête
qui, à travers les témoignages recueillis, réveille sa
mémoire.
Valse avec Bachir ne ressemble à rien de comparable dans
l'histoire du cinéma. Le film mêle astucieusement le
documentaire politique et la chronique autobiographique, le
film de guerre et la psychanalyse, la transcription de
rêves, réminiscences et fantasmes. Grâce à l'animation
graphique flamboyante, le film explore l'imaginaire de la
mémoire. Une liberté créatrice et évocatrice servie par une
mise en scène intelligente. Autant de contamination du
souvenir dans le présent qui rappelle ô combien la mémoire
peut se montrer capricieuse lorsqu'elle se dérobe à la
réalité et se confronte au poids du temps.
Pour autant, le dessin n'enlève rien à la violence décrite
dans les différents récits. Les balles sifflent, les corps
s'effondrent, la peur et la perplexité se lisent sur les
visages. Toute l'absurdité de la guerre appréhendée du
point de vue de jeunes appelés et dont les enjeux les
dépassent. Un discours qui forcément touche à l'universel,
servi par des antihéros auquel le spectateur peut à sa
guise s'identifier. Un récit qui effleure la question des
responsabilités de ce massacre et de l'implication d'Israël
tout en restant prudemment dans le cadre de l'expérience
personnelle.
À la fin du film, le cinéaste renonce au dessin. Des
documents d'archives en vidéo et photo succèdent à celles
d'animation. Comme si, en ayant renoué les fils de sa
propre mémoire, il était temps désormais pour Ari Folman de
montrer ce qu'il était vraiment advenu et qu'il convient de
ne jamais oublier.