35
Rhums
réalisé
par Claire Denis

du 1 semaine du 1er au 7 avril
avec
Alex Descas, Nicole Dogué, Mati Diop, Gregoire Colin, Ingrid
Caven...
France - 2009 - couleur - 1h40
Lionel,
un bel homme noir d’âge mûr, rentre chez lui après une longue
journée de travail passée à conduire un RER à travers les banlieues
grises et froides. Peu après il est rejoint par Joséphine, une
jolie femme métis d’une vingtaine d’années. Ils forment
un très beau couple, mais au moment de se coucher, ils se dirigent
vers des chambres différentes. Et là on comprend que Lionel et
Joséphine ne sont pas amants mais père et fille, dans un rapport
fusionnel qui exclut l’extérieur, Lionel ne
s’intéressant qu’à sa fille, Joséphine n’ayant
d’attention que pour son père. Mais chacun sait au fond de
lui que cette situation aura une fin, chacun devant apprendre à
vivre sans l’autre.
Pourtant il y a d’autres “familles” autour
d’eux. La famille de l’immeuble où ils ont toujours
vécu avec Gabrielle, dont on apprend qu’elle fut en vain la
soupirante de Lionel et qui aspirerait à construire avec lui et
Joséphine une vraie famille. Un peu plus haut dans les étages il y
a Noé, trentenaire célibataire vivant dans les vieux meubles et les
souvenirs de ses parents décédés et qui semble entretenir depuis
l’adolescence un rapport ambigu de séduction avec
Joséphine.
Pour Lionel il y a une autre famille bien présente : celle des
conducteurs de train, étonnamment seuls et livrés à
l’introspection pendant des journées entières, dans la petite
prison roulante de leur cabine, mais chaleureusement solidaires
quand c’est la fin de service. Une famille parfois ébranlée
car, derrière les sourires qui se déploient devant des verres de
rhum pris en commun, les drames secrets se tapissent, comme quand
personne ne peut empêcher ou prévoir le suicide d’un collègue
parti à la retraite qui n’a pas supporté d’être
descendu du train.
Claire Denis aime les transes impressionnistes, les postures
inquiètes, les corps sublimés, les mots sur lesquels on achoppe. On
retrouve évidemment un peu de tout ça dans 35 Rhums, son dernier
long-métrage, à la fois sombre et chaleureux.
Dans la lignée de J'ai pas sommeil - sans le tueur en série mais
avec le même désir chez des hommes et des femmes isolés de se
réchauffer pour affronter l'immense capharnaüm d'une ville -, 35
Rhums permet à Claire Denis de traiter du “lien défait”
qui parcourt tous ses films avec un penchant pour la poésie urbaine
(des trajets en RER bercés par la sublime musique des
Tindersticks). Inspirée par l'intensité de la relation unissant son
grand-père et sa mère, elle a écrit entre deux voyages cette
œuvre polyphonique et très intime sur la peur de faire face
aux “choses de la vie”.