L'oiseau
écrit et réalisé par Yves Caumon

LOISEAU

avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Serge Riaboukine, Alice Belaïdi, Bruno Todeschini...
France - 2011 - 1h33 - couleur
du 8 au 21 février

C'est un film d'une grâce assez indéfinissable, un film infiniment délicat. Et d'abord délicat à raconter, à présenter. Parce que tout ce qu'on peut en dire, tout ce qu'on peut en écrire sera bien incapable de traduire l'alchimie un peu miraculeuse qui se produit à l'écran. L'oiseau est un film à vivre, à ressentir, à se construire soi-même, chacun à sa manière, chacun à son rythme. Les choses se mettent en place petit à petit, les situations s'installent, les sentiments se révèlent, les motivations se devinent, les zones d'ombre
s'éclairent, les évidences s'assombrissent. Comme si rien n'était écrit d'avance, comme si tout se mettait en place chemin faisant, avec Anne, avec Sandrine Kiberlain, puisqu'elles ne font qu'une…
Anne vit comme entre parenthèses. Elle n'a pas de mari, pas d'amants, pas d'amis, pas d'enfants, pas de chien, pas de chat… Elle travaille, manutentionnaire dans un grand restaurant d'entreprise, ou de collectivité. Elle rentre chez elle. Elle épluche les légumes. Elle lit. Elle dort. Elle prend le tram. Elle marche longuement dans les rues. Elle va s'asseoir au bord du fleuve, à la nuit tombante. Elle ne fuit pas les gens mais elle reste à côté. Elle parle peu, le moins possible. Elle n'a pas grand chose à dire. Jamais pour autant on ne pense qu'Anne est dépressive. Jamais on n'a l'impression qu'elle fait la gueule. Pas du tout, elle est juste un peu absente. À côté, on ne saurait mieux dire…
Et puis il y a ce bruit, ce crissement, ce grattement qui semble sortir du mur, qui vient perturber ses lectures du soir, qui l'empêche de s'endormir. Anne veut en avoir le cœur net : elle fait un trou dans la cloison, et du trou sort l'oiseau, et de l'oiseau viendra le retour à la vraie vie, à des sensations oubliées, à des souvenirs enfouis… Mais c'est à la fois plat et réducteur de le dire comme ça… De tous les plans, Sandrine Kiberlain est tout simplement époustouflante, magnétique, elle est évidente, touchante, et belle devant la caméra inspirée d'Yves Caumon.