LA VIE INVISIBLE D'EURIDICE GUSMAO

réalisé par KARIM AÏNOUZ

SORTIE

NATIONALE

DU 11 AU 24 DéCEMBRE

avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregorio Duvivier, Barabara Santos...
Brésil - 2019 - 2h20 - VOST

Voici un film qui a surpris son monde lors du dernier festival de Cannes. Présenté à la sélection Un Certain Regard dont il a reçu le Prix, réalisé par Karim Aïnouz, La Vie invisible d’Eurídice Gusmão est une chronique familiale en forme de beau mélo qui se déroule dans le Brésil des années 1950 sur toute une vie. Adapté du roman de Marta Batalha Les mille talents d'Eurídice Gusmão, “c’est le désir de rendre visibles tant de vies invisibles, comme celles de ma mère, de ma grand-mère, de mes tantes et de tant d’autres femmes de cette époque.”. Vies invisibles, comme va le devenir celle d’Eurídice, porte-parole, sans le savoir, de toutes ces femmes privées de voix.
Eurídice rêve d’une vie de pianiste, sa sœur Guida du grand amour. Mais à cette époque, les femmes ne font pas ce qu’elles veulent. Aussi liées que des jumelles, les jeunes filles de 18 et 20 ans se perdent de vue quand Guida part pour l’Europe au bras d’un marin grec. Les parents d’Eurídice lui trouvent le mari qu’il faut, un bébé naît rapidement et les envies de conservatoire s’envolent. Guida ne tarde pas à revenir seule et enceinte, son amoureux s’étant déjà épris d’une autre belle dans le port suivant. Chassée par son père, qui lui fait croire qu’Eurídice a intégré une école de piano à Vienne, elle trouve refuge auprès d’autres filles mères, travaille au chantier naval et use de ses charmes quand le besoin d’argent devient vital. Jusqu’à la fin de leur vie, les deux sœurs vont se chercher. Eurídice engage un détective, dont les talents ne produisent aucun résultat. Guida lui écrit des lettres que sa sœur ne recevra jamais…
La vie ne sera pas ce long fleuve joyeux que l’une et l’autre appelaient de leurs vœux. Les voilà parties pour un long temps de séparation, sans qu’elles sachent si un jour elles se retrouveront. On suit dès lors leurs péripéties à travers leur correspondance, toujours vibrante, parfois joyeuse, souvent touchante, jamais tiède. Chacune nous embarque dans sa vie, dans son imaginaire, nous devenant très proche. Les deux actrices, sensuelles, chaleureuses comme leur pays, nous embarquent par leur superbe interprétation dans un monde de femmes solidaires face aux déconvenues, face au patriarcat qui impose ses lois.
Malgré la durée du périple, le film ne souffre d’aucune longueur et il devient progressivement la critique sociale d’une époque, visuellement splendide et tragique, grandiose et crue.